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Something old, something new, something borrowed, something blue : origine et signification de la tradition anglaise de la mariée

Something old, something new, something borrowed, something blue : origine et signification de la tradition anglaise de la mariée

Quatre petits objets glissés dans la tenue de la mariée, une comptine anglaise qui traverse les siècles depuis l’époque victorienne, et une superstition devenue rituel : la tradition du something old, something new, something borrowed, something blue continue de s’inviter dans les mariages contemporains, du Royaume-Uni jusqu’à la France. Vous vous demandez d’où vient cette coutume, ce que chacun de ces éléments symbolise réellement, et si la fameuse pièce d’argent glissée dans la chaussure gauche fait vraiment partie de la tradition ? Nous vous proposons de dérouler l’origine historique, la signification profonde et les manières actuelles de respecter cet héritage sans en trahir l’esprit.

L’origine victorienne d’une comptine devenue rituel de mariage

La formule complète, telle que nous la connaissons aujourd’hui, tient en cinq lignes :

Something old, something new,
Something borrowed, something blue,
And a silver sixpence in her shoe.

Traduite : quelque chose de vieux, quelque chose de neuf, quelque chose d’emprunté, quelque chose de bleu, et une pièce de six pence en argent dans sa chaussure. Chaque élément représente un porte-bonheur destiné à protéger la mariée et à placer le couple sous les meilleurs auspices.

La première trace écrite documentée remonte à 1871, dans une nouvelle intitulée Marriage Superstitions, and the Miseries of a Bride Elect publiée dans le St James’ Magazine. La narratrice y déclare : « le jour de mon mariage, je dois porter quelque chose de neuf, quelque chose d’emprunté, quelque chose de bleu ». La version complète que nous connaissons apparaît quant à elle pour la première fois en 1876, dans un article de presse du Staffordshire Advertiser rapportant un mariage dans le Lancashire. Le folkloriste britannique William Crooke recense la tradition en 1898 dans la revue Folklore, en soulignant qu’elle vise à protéger la mariée du mauvais œil, censé rendre l’épouse stérile.

À noter : l’ajout de la pièce d’argent (and a sixpence in her shoe) est une addition victorienne tardive. Les premières versions de la comptine ne comptaient que quatre éléments. En Leicestershire, une variante encore plus courte omettait le something old et ne mentionnait que le neuf, l’emprunté et le bleu.

Que doit porter la mariée selon la tradition anglaise ?

La coutume, apparue en Angleterre à la fin du XIXe siècle, veut que la mariée complète sa tenue de cérémonie par cinq accessoires symboliques, chacun porteur d’une intention précise pour le couple qui se forme.

Les cinq porte-bonheur de la mariée en synthèse

  • Something old : Un objet ancien qui symbolise la continuité, l’attachement à la famille d’origine et la protection des ancêtres.
  • Something new : Un objet neuf qui incarne la nouvelle vie de couple et l’optimisme pour l’avenir.
  • Something borrowed : Un objet emprunté à un couple heureux, censé transmettre son bonheur à la mariée.
  • Something blue : Un objet bleu, couleur associée à la fidélité, à la pureté et à la loyauté.
  • A silver sixpence : Une pièce d’argent glissée dans la chaussure gauche, promesse de prospérité financière pour le foyer.

Chaque objet a une fonction distincte, souvent tenue secrète par la mariée jusqu’au jour J. Nous vous détaillons ci-dessous la symbolique complète de chacun, en la replaçant dans son contexte historique et en proposant des interprétations actuelles.

Something old : les racines et la protection des ancêtres

L’objet ancien représente la continuité entre la vie passée et la vie future de la mariée. Il incarne le lien avec la famille d’origine, avec les femmes qui ont précédé et, dans la lecture folklorique de William Crooke, il constitue une amulette contre le mauvais œil. Le folkloriste ajoutait qu’un vêtement porté par une femme féconde était censé transmettre la fertilité à la nouvelle épouse.

Concrètement, cet objet peut prendre de nombreuses formes. Un bijou de famille reste le choix le plus courant : bague de fiançailles portée par une grand-mère, boucles d’oreilles héritées, broche en argent, pendentif ancien. Un mouchoir brodé, transmis de mère en fille, joue également ce rôle avec beaucoup de délicatesse. Certaines mariées choisissent une dentelle antique cousue dans la doublure de la robe, un peigne à cheveux d’époque, ou encore un extrait de faire-part de mariage d’une aïeule glissé dans le bouquet.

Bijou ancien de famille pour la tradition something old du mariage
Un bijou hérité, choix privilégié pour incarner le something old.

Something new : la promesse d’une nouvelle vie

L’objet neuf incarne l’optimisme et la vie future du couple qui se construit. Il marque la rupture symbolique avec la vie de jeune fille et pose une intention pour l’avenir : réussite, prospérité, entente durable. Dans la plupart des cas, la robe de mariée elle-même remplit cette fonction, si elle a été achetée ou cousue pour l’occasion.

Pour celles qui souhaitent distinguer clairement le something new de la robe, plusieurs options existent. Des chaussures neuves, une paire de boucles d’oreilles offerte par le futur époux le matin même, un parfum inauguré le jour du mariage, ou un accessoire de coiffure inédit. L’important est que l’objet n’ait jamais servi auparavant et qu’il soit acquis spécifiquement pour la cérémonie.

Something borrowed : le bonheur emprunté à un couple heureux

L’objet emprunté est probablement le plus chargé de sens. La tradition veut qu’il provienne d’une femme mariée et heureuse en ménage, afin que son bonheur conjugal se transmette symboliquement à la mariée. William Crooke, dans son étude de 1898, précise même qu’il devait à l’origine s’agir d’un sous-vêtement d’une femme féconde, la superstition voulant que le vêtement porte en lui la promesse d’une descendance.

Les interprétations modernes sont heureusement plus légères. On emprunte un bijou à sa mère, sa marraine ou sa belle-mère, un voile à une amie récemment mariée, un rouge à lèvres à une sœur, ou encore un mouchoir à une grand-mère toujours en couple. L’objet est restitué après la cérémonie : c’est cette temporalité de prêt qui donne au geste sa force symbolique.

Something blue : la fidélité et la pureté

Le bleu a longtemps été, dans la culture judéo-chrétienne européenne, la couleur de la fidélité, de la loyauté et de la pureté. Avant que le blanc ne s’impose comme couleur nuptiale au XIXe siècle (sous l’impulsion notamment du mariage de la reine Victoria en 1840), le bleu était fréquemment associé à la robe de mariée dans certaines régions d’Europe. La tradition du something blue conserve cette symbolique ancienne.

Discret ou affirmé, ce bleu peut se glisser à peu près partout. Une jarretière bleue reste le grand classique, hérité directement de la tradition anglaise. Une petite fleur bleue dans le bouquet, un ruban cousu sous l’ourlet de la robe, un vernis à ongles bleu sur les orteils (le clin d’œil moderne de Zara Phillips en 2011), une pierre bleue sertie dans un bijou ou même un petit tatouage éphémère sur la cheville : les possibilités sont nombreuses.

Jarretière bleue et bouquet, tradition something blue mariage
Une touche de bleu, discrète ou visible, incarne la fidélité promise le jour J.

La cinquième règle oubliée : le silver sixpence dans la chaussure gauche

Souvent absente des versions françaises de la comptine, la pièce d’argent constitue pourtant le cinquième volet officiel de la tradition anglaise. Il s’agit historiquement d’une pièce de six pence en argent, glissée dans la chaussure gauche de la mariée le jour de la cérémonie. Sa signification est double : la pièce d’argent est une promesse de prospérité financière pour le futur foyer, mais elle agit également, dans la lecture folklorique originelle, comme un charme protecteur contre les prétendants éconduits qui pourraient jeter un mauvais sort au couple.

La pièce de six pence n’est plus frappée par la Royal Mint depuis 1970, ce qui a considérablement raréfié cette partie du rituel en dehors du Royaume-Uni. Les mariées britanniques d’aujourd’hui achètent souvent une pièce de collection ou une réplique en argent spécifiquement conçue pour l’occasion. En France, on peut aisément la remplacer par une pièce d’argent héritée, une pièce de collection, un petit franc argenté transmis en famille, ou même une pièce étrangère porteuse de sens pour le couple. La règle est simple : elle doit être en argent et se glisser dans la chaussure gauche.

Point clé : le sixpence est une addition victorienne tardive à la comptine originale. Les premières versions rimées documentées en 1871 et 1876 ne comprenaient que les quatre premiers éléments. La cinquième ligne s’est ajoutée progressivement à la fin du XIXe siècle.

Comment les mariages royaux britanniques ont perpétué la tradition

Chaque mariage royal britannique du dernier demi-siècle a respecté publiquement la coutume du something old, something new, something borrowed, something blue. Cette continuité a largement contribué à faire connaître la tradition au-delà des frontières anglo-saxonnes.

Lady Diana Spencer, 1981

Pour son mariage avec le prince Charles, Diana avait cousu dans sa robe un carré de dentelle de Carrickmacross ayant appartenu à la reine Mary de Teck (le old), portait une robe en soie tissée à Lullingstone Silk Farm dans le Dorset (le new), un diadème de la collection familiale Spencer (le borrowed), et un ruban bleu discrètement cousu à la ceinture de sa robe (le blue).

Catherine Middleton, 2011

Pour son mariage avec le prince William, Kate portait de la dentelle de Carrickmacross également (le old, en hommage à Diana), des boucles d’oreilles en diamant offertes par ses parents (le new), le Halo Tiara de Cartier prêté par la reine Elizabeth II (le borrowed), et un petit ruban bleu cousu à l’intérieur de la robe (le blue).

Meghan Markle, 2018

Pour son mariage avec le prince Harry, Meghan avait glissé dans son bouquet des brins de myrte et un tissu provenant de la robe de mariée de Diana (le old), portait une robe Givenchy dessinée par Clare Waight Keller (le new), le Diamond Bandeau Tiara prêté par la reine (le borrowed), et un morceau de tissu bleu cousu dans l’ourlet de sa robe (le blue).

Mariage royal britannique, tradition des porte-bonheur de la mariée
Diana, Kate et Meghan : trois mariées royales ont perpétué publiquement les quatre porte-bonheur.

Variantes régionales et réinterprétations contemporaines

La comptine n’a pas toujours eu la forme fixe que nous lui connaissons aujourd’hui. Dès le XIXe siècle, plusieurs variantes régionales circulaient au Royaume-Uni.

Les variantes britanniques historiques

Dans le Lancashire, la version complète (celle qui s’est imposée) circulait dès 1876. En revanche, dans le Leicestershire, une variante plus courte omettait le something old et se limitait à « quelque chose de neuf, quelque chose de bleu, quelque chose d’emprunté ». En Irlande, la coutume est attestée dès 1894 par les rapports de la Belfast Naturalists’ Field Club, avec une origine attribuée au comté de Monaghan. La comptine complète traverse l’Atlantique en 1905, quand Emily Post la mentionne dans son roman Purple and Fine Linen.

Les équivalents dans d’autres traditions

D’autres cultures ont leurs propres codes porte-bonheur pour la mariée. En Espagne et dans certaines régions du Portugal, la tradition inclut parfois algo rojo (quelque chose de rouge), la couleur étant associée à la passion et à la vitalité du couple. En Suède, la mariée glisse une pièce de monnaie en cuivre offerte par son père dans la chaussure droite, et une pièce en argent offerte par sa mère dans la chaussure gauche. Ces traditions convergent autour d’une même idée : équiper la mariée d’objets chargés d’intention protectrice.

Les réinterprétations modernes

Depuis une vingtaine d’années, les mariées revisitent librement chacun des cinq éléments. Un vernis bleu sur les ongles (Zara Phillips, 2011), un bracelet d’amitié cousu à l’intérieur de la ceinture, une phrase gravée sur la semelle des chaussures, une photographie plastifiée d’un proche disparu glissée dans le bouquet : autant de manières contemporaines de respecter l’esprit de la tradition sans reproduire à la lettre les objets d’origine. La tendance actuelle privilégie l’intention symbolique plus que l’objet lui-même.

Idées concrètes 2026 pour chaque porte-bonheur

Vous cherchez des idées précises pour respecter la tradition sans tomber dans les grands classiques ? Nous avons compilé une sélection actuelle pour chaque élément, avec une fourchette d’accessibilité.

ÉlémentIdée classiqueIdée contemporaineIdée sentimentale
Something oldBijou de famille (bague, boucles d’oreilles)Dentelle ancienne cousue dans la robeMouchoir brodé d’une grand-mère
Something newLa robe de mariée elle-mêmeParfum inauguré le jour JBijou offert par les futurs enfants ou parents
Something borrowedVoile d’une amie récemment mariéeBracelet d’une sœur ou marraineBroche ou bijou de la belle-mère
Something blueJarretière bleue traditionnelleVernis à ongles bleu sur les orteilsRuban cousu sous l’ourlet, brodé aux initiales
Silver sixpencePièce de six pence anglaise de collectionPièce d’argent gravée à la date du mariagePièce héritée d’un grand-père (franc, écu)

Notre conseil : plutôt que d’accumuler cinq objets distincts, certaines mariées choisissent un accessoire unique qui remplit deux fonctions à la fois. Une broche ancienne ornée d’une pierre bleue, par exemple, peut incarner à la fois le something old et le something blue. Cette approche condensée reste tout à fait fidèle à l’esprit de la tradition.

Ce que la tradition dit (ou ne dit pas) pour le marié

La comptine originale s’adresse exclusivement à la mariée. Aucune version historique documentée ne mentionne un équivalent masculin. Pour autant, certains couples contemporains font le choix d’appliquer les mêmes règles au marié, dans un souci d’équité symbolique et de partage du rituel.

Un marié qui souhaite se prêter à l’exercice peut porter la montre de son grand-père (le old), une nouvelle paire de boutons de manchette (le new), une pochette empruntée à un ami marié (le borrowed), et une cravate ou une pochette à touches bleues (le blue). Une pièce d’argent dans la poche intérieure de la veste complète le tableau si le couple souhaite reprendre l’ensemble des cinq éléments.

Foire aux questions sur la tradition des porte-bonheur de la mariée

D’où vient exactement la tradition something old, something new ?

La tradition est née dans l’Angleterre victorienne, à la fin du XIXe siècle. Les premières traces écrites remontent à 1871 (St James’ Magazine) et 1876 (Staffordshire Advertiser, dans le Lancashire). Elle a été documentée par le folkloriste William Crooke en 1898, puis a traversé l’Atlantique en 1905 avec Emily Post.

Faut-il vraiment respecter les cinq éléments ?

Non, la tradition n’a rien d’obligatoire, et de nombreuses mariées se limitent aux quatre premiers éléments (sans le sixpence). L’important est l’intention symbolique : porter chaque objet en pleine conscience de sa signification est plus fidèle à l’esprit de la coutume que de cocher mécaniquement une liste.

Où placer la pièce d’argent le jour du mariage ?

La tradition anglaise précise que la pièce doit être glissée dans la chaussure gauche de la mariée, au niveau de la voûte plantaire. Certaines couturières prévoient une petite pochette cousue sur la semelle intérieure pour éviter tout inconfort pendant la cérémonie.

Peut-on utiliser une pièce moderne à la place du sixpence ?

Oui, à condition qu’elle soit en argent et qu’elle ait une valeur sentimentale ou familiale pour la mariée. Une pièce d’argent héritée, un ancien franc, une pièce commémorative en argent : tous les objets qui respectent la matière et l’intention peuvent parfaitement se substituer au sixpence britannique.

Est-ce une tradition religieuse ?

Non, la coutume est d’origine folklorique et populaire, pas religieuse. Elle est mentionnée à l’origine dans un contexte de superstition et de protection contre le mauvais œil. Elle peut donc être respectée aussi bien lors d’une cérémonie religieuse que civile ou laïque, sans aucune contradiction doctrinale.

Quelle est la variante espagnole de la tradition ?

En Espagne, certaines régions ajoutent à la comptine anglaise l’élément algo rojo (quelque chose de rouge), la couleur étant associée à la passion et à la vitalité du couple. La tradition suédoise, elle, prévoit deux pièces : une pièce en cuivre offerte par le père dans la chaussure droite, une pièce en argent offerte par la mère dans la chaussure gauche.

À retenir : une tradition vivante et personnelle

La coutume du something old, something new, something borrowed, something blue, née dans l’Angleterre victorienne il y a près d’un siècle et demi, continue d’accompagner les mariées bien au-delà de son territoire d’origine. Loin d’être un carcan de règles rigides, elle offre un cadre symbolique souple, que chaque mariée peut réinterpréter selon son histoire familiale, ses goûts et ses convictions. L’essentiel n’est pas d’accumuler cinq objets mais de porter chacun d’entre eux en connaissance de sa signification : les racines pour le passé, la nouveauté pour l’avenir, l’emprunt pour le bonheur transmis, le bleu pour la fidélité, et la pièce d’argent pour la prospérité.